C’est lamentable de voir à quel
point je stagne en bengali. Déjà, je n’arrive pas à me motiver à travailler
seule. En plus, je ne comprends rien à la grammaire. Surtout en ce moment, je
suis dans les temps du passé, c’est incompréhensible; et pourquoi dans telle
phrase le sujet il vient avant le verbe alors que dans telle autre le sujet
vient après? Et pourquoi ici on a mis le verbe au passé alors que là on l’a
laissé au présent? Dans les (nombreux) moments de doute, je peux compter
sur le secours inestimable d’Obiwan : « Mais pourquoi on dit comme ça
et pas comme ça? », « J’en sais rien mais c’est comme ça! ».
Super. Je voulais suivre des cours de hindi cet été, histoire de pratiquer un
peu plus la structure de la langue et d’acquérir quelques réflexes mais ça n’a pas
été possible (enfin si, ça aurait été possible si j’avais voulu débourser 4000
dollars mais j’ai décidé que je n’étais pas désespérée à ce point là…). J’avais
dit au prof à la fin de l’année que je travaillerais 2 heures par jour mon
bengali, je n’arrive même pas à me coller sur mon bouquin 15 minutes par
semaine…
Pourtant, il faut vraiment que je
me motive. Il en va de l’avenir de nos futurs enfants (si on en a)! S’ils ne grandissent pas en Inde, il faudra quand même qu’ils
comprennent la langue de leur père. Et si Obiwan travaille 12 heures par jour
comme c’est le cas normalement, il n’aura pas énormément de temps à passer avec
ses mouflets; la seule solution, c’est que je sois moi capable de parler
bengali. Mais c’est fatigant de passer 3 plombes à réfléchir avant de sortir
une phrase toute simple qui se trouve être malgré tout criblée de fautes. Et quand
il répond, je dois lui faire répéter 15 fois avant d’avoir compris. Et puis
j’aime bien l’idée d’avoir avec mon mari des conversations un peu plus
élaborées que: « il fait assez froid aujourd’hui » et « tu veux
manger à quelle heure? ».
Lui n’est pas plus perturbé que
ça. Son opinion c’est qu’à trop connaître de langues, il n’en maîtrise
finalement aucune. Il n’y a rien qui m’énerve plus qu’entendre un plurilingue
faire le difficile! Le but d’une langue c’est de communiquer, pas d’être
maîtrisée! Tout le monde s’en fiche de connaître l’étymologie du mot ‘boudin’! Et
en l’occurrence, il est capable de comprendre et de se faire comprendre dans 4
langues différentes, sans temps de pose, et sans faire ‘eeeeeeeeuh’.
Pour le sensibiliser à ma cause,
je me suis donc lancée dans un plaidoyer mélodramatique directement inspiré des
plus grandes tragédies du 16ème siècle (Ô rage, Ô désespoir!) avec
trémolos dans la voix, poing vengeur et prise à témoin de l’univers: « Ouéééé!!!
Toi tu ne peux pas comprendre mais jamais je ne laisserai subir à nos gosses ce
que moi j’ai vécu! Se sentir constamment étranger, ne pas pouvoir prendre part
à la conversation la plus basique !... Il est hors de questions, tu
m’entends (?) HORS DE QUESTIONS que Junior et Juniorette visite un jour
leur propre famille et ne soient pas capables de parler la langue de leurs grands-parents!
De les couper d’une partie de leurs racines et de leur héritage ! Parce
que toi tu ne sais pas ce que c’est de se sentir exclu, mais moi je sais et je
refuse que nos gosses le soient! Tu m’entends? Je refuse! Et s’ils parlent
français, ils parleront bengali aussi, parce qu’une moitié n’est pas meilleure
que l’autre…!» (essuyage d’une larme intempestive et reniflement savamment
étudié censé faire chavirer les cœurs les plus endurcis). En scientifique
accompli, il lui a fallut exactement 3 secondes pour présenter une solution
aussi pragmatique que rationnelle. Claire, nette et logique. Il m’a tout de suite
rassurée: « Ne t’en fais pas! Evidemment que nos gamins seront bilingues!
Qu’est-ce que tu crois?! Et si tu n’arrives pas à parler correctement, on dira
à ma mère de venir habiter chez nous et elle parlera avec eux uniquement en
bengali, voilà!... ».
…
Bon. C’est pas tout mais je dois
y aller, moi! On papote, on papote, mais j’ai un chapitre sur le plus que
parfait qui m’attend!
Ben voilà, fais venir Belle-Môman pour qu'elle t'apprenne, elle!
RépondreSupprimerAh, l'éternel conflit du coeur et de la raison...
RépondreSupprimertrès fort, ton mari ! il sait comment te motiver !
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