mercredi 16 mai 2012

A woman’s right to rest


Le dernier jour, lorsque j’ai rendu mon examen final de bengali, le prof s’est montré très concerné sur la manière dont j’allais occuper mon été. Est-ce que je n’allais pas m’ennuyer? Est-ce que je ne pourrais pas mettre une annonce pour donner des cours de français ? Et pourquoi pas des traductions?

Même si je sais que ça part d’un bon sentiment, tant de sollicitude m’agace. J’en ai assez de devoir me justifier à chaque fois que je rencontre quelqu’un, d’expliquer que je suis en chômage forcé parce que mon visa m’interdit de travailler, mais que ouioui (!) bien sûr, dans un an quand j’aurai un autre visa je chercherai un boulot! Cette situation me pèse suffisamment sans que je sois obligée de rendre des comptes à la société! Je veux dire, je ne suis pas la première (ni la dernière j’espère) femme à mettre sa carrière entre parenthèses! Quand j’étais à l’école ou au collège, la moitié de nos mères étaient des femmes au foyer. Personne n’en faisait tout un foin. A quel moment ne pas travailler est-il devenu une tare ?

Je ne dis pas que mon ambition à la base était de rester chez moi, auquel cas je ne me serais pas embêtée à passer 3 Masters. Mais en l’occurrence, je veux être la seule à juger de ma vie! Il n’y a que moi qui ai le droit de m’apitoyer sur mon sort et plaindre ma situation. Si je n’ai pas de boulot c’est mon problème et ce n’est pas aux autres de déterminer si je suis en train de louper ma vie sous prétexte que je ne corresponds pas à leur idéal! Il devrait y avoir une loi interdisant le silence gêné chaque fois que quelqu’un répond « Rien» à la question : «Et alors? Vous faites quoi de beau dans la vie??? ». Qu’on se lève tous les matins pour aller travailler ou pas, notre Q.I reste exactement le même…

En plus, j’ai trouvé un boulot. Enfin, un boulot… Un boulot à mi-temps. Enfin, à mi-temps… Une journée par semaine. Bon, d’accord!!! Je ne suis pas payée non plus! J’aide bénévolement le secrétariat de la Business School à l’université.

Eh bien oui, c’est comme ça! L’année dernière j’étais sous-directrice de l’Alliance Française, et cette année je touche zéro salaire! Niente. Etre expatrié c’est aussi être capable de s’asseoir sur son égo (les ingénieurs biélorusses qui finissent chauffeur de taxi dans le Connecticut savent exactement de quoi je parle). Le rêve américain est moins accessible pour certains que pour d’autres. Ça prend un peu plus de temps, il faut l’accepter. Mais une fois atteint, c’est du bonheur en barre. Moi par exemple, quand je serai millionnaire, je repenserai à ces heures sombres le sourire aux lèvres et un cocktail à la main, allongée sur un transat au bord de ma piscine de billets (la même que celle de l’oncle Picsou). Et ça va arriver très vite: on a décidé d’aller à Las Vegas un de ces jours. La chance va tourner!

Je vais baisser le lévier d’une machine à sous et rafler le Jackpot! Je reviendrai en Californie avec des talons 12 cm, un tailleur rayé noir et blanc et un chapeau à plumes, chaque main occupée par une valise remplie de grosses coupures. Du coup, les gens arrêteront de se préoccuper de mon sort parce que j’aurai plein d’argent (personne ne demande jamais à un gagnant du Loto ce qu’il fait dans la vie, c’est évident qu’il passe ses journées à boire du champagne et à bronzer sur le pont de son yacht). Là, j’organiserai des réunions Tupperware avec tous les bénévoles du coin et on mettra en place des campagnes visant à la protection de la femme au foyer en voie de disparition. Je planterai dans la ville des grosses pancartes avec écrit dessus: « Pas de salaire, droit de rien faire!» ou « Aujourd’hui c’est lundi, je reste dans mon lit! ».

Et puis j’irai payer quelqu’un pour qu’il me donne un travail.

4 commentaires:

  1. c'est pas une boite de mouchoirs qu'il va falloir pour te lire si tu continue dans cette voie, c'est une palette entière pour pouvoir pleurer de rire sereinement à chaque nouveau poste sur ton blog... le talent se confirme !!!

    tu n'es peut être pas millionnaire et Las Vegas ne pourrais t'apporter qu'un bien piètre confort matériel... mais au moins tu es riche d'un sacré talent de narratrice... valeur inestimable !!!

    En plus je ne sais pas si tu réalises que lire ton blog, te sachant polyglotte et globe-trotteuse en imaginant t'entendre le raconter avec ce délicieux accent chantant que je suis sur, tu n'as pas perdu... Mais c'est bourré d'épices et de saveurs !!!

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  2. ah c'est gentil, ça marc! mais quand même...je m'accroche à l'espoir du casino...

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  3. femme au foyer, mon rêve !!! dommage, c'est un peu tard pour le réaliser... ah !!! avoir un mari qui t'apporte les sous à dépenser de façon futile, qui fait les courses pour le repas du soir, et qui, le week end, se colle au ménage... trop bien, Delphine, profite !!!

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  4. Pas de souci pour toi en ce qui concerne le Q.I. qui est directement proportionnel à l'humour.
    Bisous

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