Le dernier jour, lorsque j’ai
rendu mon examen final de bengali, le prof s’est montré très concerné sur la
manière dont j’allais occuper mon été. Est-ce que je n’allais pas m’ennuyer?
Est-ce que je ne pourrais pas mettre une annonce pour donner des cours de
français ? Et pourquoi pas des traductions?
Même si je sais que ça part d’un
bon sentiment, tant de sollicitude m’agace. J’en ai assez de devoir me
justifier à chaque fois que je rencontre quelqu’un, d’expliquer que je suis en
chômage forcé parce que mon visa m’interdit de travailler, mais que
ouioui (!) bien sûr, dans un an quand j’aurai un autre visa je chercherai
un boulot! Cette situation me pèse suffisamment sans que je sois obligée de rendre
des comptes à la société! Je veux dire, je ne suis pas la première (ni la
dernière j’espère) femme à mettre sa carrière entre parenthèses! Quand j’étais
à l’école ou au collège, la moitié de nos mères étaient des femmes au foyer.
Personne n’en faisait tout un foin. A quel moment ne pas travailler est-il
devenu une tare ?
Je ne dis pas que mon ambition à
la base était de rester chez moi, auquel cas je ne me serais pas
embêtée à passer 3 Masters. Mais en l’occurrence, je veux être la seule à juger
de ma vie! Il n’y a que moi qui ai le droit de m’apitoyer sur mon sort et plaindre ma situation. Si je n’ai pas de boulot c’est mon problème et ce n’est
pas aux autres de déterminer si je suis en train de louper ma vie sous prétexte
que je ne corresponds pas à leur idéal! Il devrait y avoir une loi interdisant
le silence gêné chaque fois que quelqu’un répond « Rien» à la
question : «Et alors? Vous faites quoi de beau dans la
vie??? ». Qu’on se lève tous les matins pour aller travailler ou
pas, notre Q.I reste exactement le même…
En plus, j’ai trouvé un boulot.
Enfin, un boulot… Un boulot à mi-temps. Enfin, à mi-temps… Une journée par
semaine. Bon, d’accord!!! Je ne suis pas payée non plus! J’aide bénévolement le
secrétariat de la Business School à l’université.
Eh bien oui, c’est comme ça!
L’année dernière j’étais sous-directrice de l’Alliance Française, et cette
année je touche zéro salaire! Niente. Etre expatrié c’est aussi être capable de
s’asseoir sur son égo (les ingénieurs biélorusses qui finissent chauffeur de
taxi dans le Connecticut savent exactement de quoi je parle). Le rêve américain
est moins accessible pour certains que pour d’autres. Ça prend un peu plus de
temps, il faut l’accepter. Mais une fois atteint, c’est du bonheur en barre.
Moi par exemple, quand je serai millionnaire, je repenserai à ces heures
sombres le sourire aux lèvres et un cocktail à la main, allongée sur un transat
au bord de ma piscine de billets (la même que celle de l’oncle Picsou). Et ça va
arriver très vite: on a décidé d’aller à Las Vegas un de ces jours. La chance
va tourner!
Je vais baisser le lévier d’une
machine à sous et rafler le Jackpot! Je reviendrai en Californie avec des
talons 12 cm, un tailleur rayé noir et blanc et un chapeau à plumes, chaque
main occupée par une valise remplie de grosses coupures. Du coup, les gens
arrêteront de se préoccuper de mon sort parce que j’aurai plein d’argent
(personne ne demande jamais à un gagnant du Loto ce qu’il fait dans la vie, c’est
évident qu’il passe ses journées à boire du champagne et à bronzer sur le pont
de son yacht). Là, j’organiserai des réunions Tupperware avec tous les
bénévoles du coin et on mettra en place des campagnes visant à la protection de
la femme au foyer en voie de disparition. Je planterai dans la ville des grosses
pancartes avec écrit dessus: « Pas de salaire, droit de rien faire!» ou
« Aujourd’hui c’est lundi, je reste dans mon lit! ».
Et puis j’irai payer quelqu’un pour
qu’il me donne un travail.
c'est pas une boite de mouchoirs qu'il va falloir pour te lire si tu continue dans cette voie, c'est une palette entière pour pouvoir pleurer de rire sereinement à chaque nouveau poste sur ton blog... le talent se confirme !!!
RépondreSupprimertu n'es peut être pas millionnaire et Las Vegas ne pourrais t'apporter qu'un bien piètre confort matériel... mais au moins tu es riche d'un sacré talent de narratrice... valeur inestimable !!!
En plus je ne sais pas si tu réalises que lire ton blog, te sachant polyglotte et globe-trotteuse en imaginant t'entendre le raconter avec ce délicieux accent chantant que je suis sur, tu n'as pas perdu... Mais c'est bourré d'épices et de saveurs !!!
ah c'est gentil, ça marc! mais quand même...je m'accroche à l'espoir du casino...
RépondreSupprimerfemme au foyer, mon rêve !!! dommage, c'est un peu tard pour le réaliser... ah !!! avoir un mari qui t'apporte les sous à dépenser de façon futile, qui fait les courses pour le repas du soir, et qui, le week end, se colle au ménage... trop bien, Delphine, profite !!!
RépondreSupprimerPas de souci pour toi en ce qui concerne le Q.I. qui est directement proportionnel à l'humour.
RépondreSupprimerBisous