vendredi 24 février 2012

Bengali


On voit que les vacances sont passées par là... Pourtant, au début, j’étais bien motivée avec mes petits dialogues et mes listes de vocabulaire. Mais j’avoue que très vite, j’ai laissé tomber les révisions et j’ai utilisé ce créneau horaire pour jouer à la Wii et regarder des épisodes de Columbo (oui, oui, je parle bien de la série des années 70…). Et pourtant, je suis la première à le dire : quand on apprend une langue étrangère, il faut cons-ta-mment pratiquer ! Et surtout moi qui suis longue à la détente.

A la base, c’était ma sœur la plus douée pour les langues dans la famille ; celle qui parlait couramment créole 2 mois après être arrivée aux Antilles ou celle qui, à 16 ans, était venue voler à la rescousse de mon père et son germano-anglais dans les rues de New York. Chez moi, au contraire, le processus est généralement beaucoup plus lent et laborieux. Après plus de 400 épisodes de mon manga (visionnés encore et encore), j’avoue que mes connaissances en japonais se limitent à : bonjour, merci, putain, imbécile, désolé, feu, bois, épouvantail et compter jusqu’à 9. C’est pas brillant.

Par contre, ma grande force c’est d’être capable de travailler comme une acharnée si j’en ai la motivation…Et comme coup de boost, rien ne vaut de se sentir étranger à son propre mariage ! C’est radical ! Aaaah ! Les joies d’une salle pleine à craquer qui bourdonne d’insonorités incompréhensibles…Bien sûr, j’aimerais à terme apprendre le hindi, en plus du bengali, ça me servirait beaucoup plus et je pourrais facilement m’entraîner avec un bon Bollywood. Mais bon, comme on dit, chaque chose en son temps et un temps pour chaque chose.

A dire vrai, il y a quelques avantages à ne rien comprendre de ce qui ce dit autour de vous, notamment celui d’éviter quelques conversations délicates avec la grand-mère d’Obiwan: « jhenxkfhncjkjnuyvhncjhgdfchg » ; « elle te demande combien de fois par semaine tu vas à l’église pour prier Jésus. »…….… Durant notre mariage aussi, ça a bien aidé Obiwan de pouvoir coder de temps en temps un message en français quand il devait faire les présentations avec les membres de sa famille éloignée : « Bon, alors lui, j’ai absolument aucune idée de qui c’est, alors tu fais simplement ‘aaaaaaaaaaaah ok!’ avec un grand sourire… ».

J’ai vraiment très envie de comprendre le bengali. Pas seulement parce que c’est la langue du cœur, la langue maternelle d’Obiwan, c’est vraiment une très jolie langue. Mais c’est aussi une langue extrêmement difficile à comprendre, avec une structure de phrase super complexe et une manière vraiment spéciale de dire les choses. Ça m’est déjà arrivée de voir des phrases avec un même verbe conjugué au passé et au futur, l’un après l’autre ! « Blablablabla niyé nebo ». Niyé = prendre au passé, nebo = prendre au futur. Normal, tout va bien.  Je connais le présent, je connais le passé et le futur, je connais plein de mots et plein de verbes, et malgré tout, je ne comprends toujours rien. Je peux comprendre tous les mots d’une phrase sans jamais réussir à accéder au sens, et il n’y a rien de plus frustrant ! Je vais prendre un exemple. Un jour je discutais avec un ami qui me dit d’écouter absolument cette chanson « amake amar thakte dao ». Très bien. Je comprends tous les mots. Amake = me, moi ; parle-moi = amake bol. Pas de problèmes. Amar = mon, ma ; amar beral = mon chat. On continue. Thakte = to stay en anglais, c'est-à-dire habiter, rester, demeurer. Et dao = donne ; amake dao = donne moi. Je me retrouve donc avec une phrase dont je comprends tous les mots, mais le sens reste pourtant assez mysterieux ("me moi rester donne", c'est un peu vague!). Ce que ça voulait dire, en fait, c’était : « Laisse-moi rester moi-même » !

CQFD.

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